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Dereck Dark LUNE ROUSSE POUR UN VAMPIRE
L’endroit était peu éclairé, mais cela convenait parfaitement au désir d’obscurité des participants. Ils voulaient fuir ce monde de convenances étriqués que l’on appelait la société. Ils avaient débattus longuement avant d’opter pour cette cave humide, ils l’avaient vidée du bric-à-brac d’objets rouillés ou cassés et de meubles vermoulus. Ils n’avaient gardé qu’une grande table moisie. Ils avaient installé un nouveau cadenas à la porte, s’appropriant ainsi l’endroit. Les rares personnes qu’ils avaient croisées leurs portaient toujours ce même regard fuyant en les évitant, ce qui tout compte fait les arrangeaient car ils évitaient tout contact avec les “vivants”. Tous les quatres se considéraient comme des “morts-vivants”, des Nosfératus, des vampires issus de la Nuit Eternelle… Ils avaient découvert l’ivresse des promenades dans les cimetièrres chacun de leur côté pour finalement se rencontrer dans une soirée gothique à siroter un”verre de sang”, une sangria faite maison et dégustée sur une musique aux rythmes ténébreux qui n’ètait pas sans rappeller par moment, le bruit de la circulation sanguine artérielle. Ils s’étaient reconnus tous les quatres dans la même soirée pour ne plus se quitter jusqu’à ce jour. Il y avait Laeticia dite “Darvula” qui aimait le vinyl et les bas résilles, les cheveux roux en crête Iroquoise et le piercing à outrances, puis Marc dit “Vlad” les cheveux noirs qui lui masquaient une partie du visage long et blanc aux lèvres noires, habillé de cuir noir et de bagues armures aux ongles acérés,et Elizabeth dite “Erzebeth” le visage fardé de blanc et des lentilles de couleurs rouges dans une combinaison de latex noire ne laissant apparaître que son visage et ses cheveux roux en queue de cheval , puis Michel dit “ Lord Ruthven” cheveux longs et noirs, lisse avec des mèches blanches sur le dessus et un catogan derrière, ses ongles étaient longs et noirs, il avait des lentilles qui donnaient des yeux de reptile et les dents taillées en pointe sur des lèvres noires, pantalon en vinyl noir et chemise blanche à jabot.Ils aimaient entrer dans une boite et faire comme si ils ne se connaissaient pas, anonymes dans la foule et pourtant complices dans leurs regards en coin. Ils se sentaient bien, différents des autres, le monde était à leur pied et ils s’en foutaient presque car leur destin était différent des autres, ils allaient entrer dans la chaine vampirique et vivre étérnellement dans la cruauté et le plaisir. Erzebeth était la sensitive du groupe et elle sentait la communion approcher, mais il fallait de la souffrance pour attirer le baiser de la faucheuse. Darvula fut désignée, non sans une certaine excitation générale, pour faire le récéptacle à la douleur menant vers la libération finale.Ils trinquèrent à leur future initiation sur le dernier Funkter Vogt, ils dansèrent dans la boite, laissant libre court à leur pulsions primales. Après ce déchaînement des sens ils s’aperçurent de la disparition d’Erzebeth, ils s’inquiétèrent pour leur amie qui semblait si fragile. Ils fouillèrent la boite sans succès, au milieu des Goths qui bougeaient leur corps sur Istanbul de Thanacid. Finalement un videur crut l’avoir aperçue sortir il y a un petit moment avec un jeune homme. Ils sortirent à la recherche d’Erzebeth le ventre noué par l’inquiétude lorsqu’elle surgit d’une ruelle en courant vers eux. Elle s’excusa de sa disparition mais elle avait eu un malaise aussi soudain qu’inattendu, ils furent si content de retrouver leur camarade qu’ils en oubliaient le reste. Les yeux d’Erzebeth se dilatèrent soudain et elle semblait repousser quelques forces invisibles de ses bras dans un crissement de latex, ils savaient qu’elle avait le don de voir les esprits, mais elle ne voulut rien leurs dire de ce qu’elle avait vu. Ils retournèrent à la cave, il y avait un drap noir sur la table et la lumière provenait d’un chandelier aux bougies noires. Sur les conseils d’Erzebeth Darvula s’allongea nu sur le sol, les bras et les jambes écartés. Le contact du sol glaça le corps de Darvula, un léger courant d’air faisait osciller les flammes des bougies, dessinant ainsi d’étranges motifs sur le corps nu et blanc. Erzebeth dessina un cercle à la craie autour de Darvula en écrivant dedans Adramelech, Bathory, Aymaymon, puis elle prit des aiguilles de seringue et les planta un peu partout sur le corps de Darvula avec une prédiliction pour les endroits les plus sensibles, de fines gouttes de sang perlaient par endroit. Ils lèchèrent le sang chacun leur tour,puis Erzebeth invoqua les puissances de la nuit. Darvula fermait les yeux par moment en se pinçant les lèvres. Lord Ruthven la regardait avec un sourire dévoilant ses dents limées, Vlad avait les yeux fiévreux et rivés sur la scène, Erzebeth était en transe tandis qu’elle maniait les aiguilles comme avec les cordes d’une harpe jouant un hymne aux Dieux du Sang. Ils ne se rapellèrent plus comment avait fini la cérémonie, ils sombrèrent dans une inconscience chaotique. C’était Erzebeth qui réveillait Vlad et Lord Ruthven, Darvula était déjà rhabillée et les fixait en souriant. Erzebeth , hystérique, leur annonça que l’heure était venu de se rendre au cimetière pour rallier la chaine vampirique, cette nuit la lune serait rousse et le “passage” ouvert. Lord Ruthven plissa ses yeux reptiliens et concupiscent, Vlad se releva la tête pleine de rêves de sang. Cette nuit là le cimetierre était nimbé du regard bleuté que la pleine lune posait sur le monde, Darvula lisait un passage de “Songes Ecarlates”, une suite de ténébreuses nouvelles écrites par Lord Ruthven. Lorsqu’elle eut fini son récit elle s’aperçut que tous la regardaient, les yeux plongés dans de lointains abimes d’où ils parvenaient enfin à échapper au réel. Erzebeth prit la parole, rompant le silence d’une voix d’outre-tombe, leur annonçant qu’ils leur fallait impérativement rallier la chaine vampirique et vaincre la Mort. Un aboiement de chien ponctua son annonçe, comme pour la valider. Erzebeth, très sensitive, ressentait un courant d’air froid remonter le long de sa colonne vértébrale, elle savait ce que cela signifiait. Ses yeux fouillaient nerveusement autour d’elle, à la recherche d’une présence invisible. Lorsqu’elle fouillait parmi ses souvenirs, aussi loin dans le temps où elle puisse remonter, elle avait toujours pu voir l’esprit des morts encore enchainés à la terre, elle entendait également leurs plaintes, comme un écho lui parvenant au travers d’une canalisation métallique. Elle aperçut sur sa droite une forme tranlucide furtive disparaître derrière un mausolée. Elle écarquilla les yeux pour les rétrécir presque immédiatement, comme deux fentes donnant sur d’insondables tourments. Lord Ruthven remarqua le changement insidieux qui s’était produit sur Erzebeth, il mit sa main sur la sienne et leurs regards se croisèrent un instant, comme un voile laché d’une main paresseuse et attérissant avec douceur sur un lit nuptial. Elle expliqua aux autres sa vision, ceux-ci connaissant le don de leur amie l’écoutèrent avec fascination. Ils se levèrent d’un même élan vers le mausolée, entrainant Erzebeth qui sentait la sensation de froid s’accentuer à mesure qu’ils s’approchaient de l’édifice funéraire. Elle savait par habitude que tous les cimetièrres étaient hantés, mais il s’agissait surtout de savoir ce que voulaient les apparitions. Ils contournaient le mausolée et l’apparition était bien là, semblant l’ attendre. Ils avaient conscience, en voyant la dilatation de ses pupilles, qu’elle était la seule à voir l’esprit. Une tension éléctrique gagnait l’atmosphère, Darvula était la plus impatiente à attendre la description qu’ Erzebeth allait leur faire. Erzebeth cria en maudissant sa clairevoyance, elle se cachait le visage des mains tandis que ses amis la priait de décrire le spèctre. Erzebeth, prise d’une crise de nerfs, remonta l’allée du cimetière dans une course désordonnée. Tout trois se regardèrent stupéfait à tour de rôle et avec inquiétude, puis Vlad s’élança à la poursuite d’Erzebeth en l’appelant de toutes ses forces. Darvula et Lord Ruthven se regardèrent, Darvula n’arrivait pas à perçer une émotion derrière les yeux reptiliens de Lord Ruthven, ce qui semblait amuser ce dernier avec un sourire carnassier. Darvula remarqua que la lune était devenue rousse, sa poitrine montait et descendait au rythme de sa peur tandis que Lord Ruthven la fixait en silence, elle crut un instant qu’il buvait sa peur avec excitation. Un hurlement la fit sursauter, le manque de réaction de son ami face aux événements lui déclencha une crise de paranoïa. Elle lui cria sa peur, ses scénarios catastrophes, sa certitude qu’ils allaient mourir! Lord Ruthven lui envoya une gifle retentissante et la secoua par les épaules, puis d’un ton glaçial lui ordonna de se taire et de l’attendre là pendant qu’il partait chercher les autres. Darvula le regarda s’éloigner dans une attitude prostrée. Lord Ruthven venait de franchir la troisième allée et se retouva face à un corps étendu en croix, son cou était marqué de deux trous d’où finissaient de couler les dernières gouttes de sang! Darvula avait l’impression d’attendre depuis des heures quand un cri déchira encore la nuit, c’en était trop pour ses nerfs, elle tourna en rond, les yeux éxhorbités, les tombes devenaient menaçantes comme des portes pouvant s’ouvrir d’un moment à l’autre en liberant des démons rejetés par l’Enfer. Elle courait s’empressant de quitter le cimetière, en proie à la panique. La cave qu’ils avaient investie n’était plus très loin et elle décida de s’y cacher momentanément. Elle se rua dans les rues désertes, essayant de ne pas se perdre, finalement le batiment se profila au bout d’un jardin et d’une petite allée. La porte de l’immeuble était toujours ouverte, de nuit comme de jour. Elle descendit les escaliers en haletant et en heurtant les murs. Ils avaient tous une clé du cadenas , la sienne était accrochée à une chaine en argent à son cou.Elle tremblait tellement qu’elle eut un mal fou à entrer la clé dans le cadenas, accentué par le fait qu’elle jetait continuellement des coups d’œil furtifs dans le couloir, s’attendant au pire. Elle s’enferma dans la cave, alluma le chandelier et se recroquevilla dans un coin. Elle essayait de se calmer quand quelqu’un tambourina à la porte, la faisant sursauter. Elle crut reconnaître la voix d’Erzebeth lui suppliant d’ouvrir vite car elle était poursuivie. Darvula se sentant coupable d’avoir abandonné ses amis ouvrit à Erzebeth, cette dernière se précipita à l’interieur tandis que Darvula refermait la porte et remettait le cadenas. Lorsqu’elle se retourna Erzebeth semblait voir une apparition, les yeux vagues, puis elle se resaisit, souria et attrapa Darvula par les cheveux d’une poigne de fer et l’entraina derrière elle pour la plaquer contre le mur du fond. Deux énormes clous rouillés dépassaient du mur, Erzebeth jaugea la distance satisfaisante, et d’un mouvememt implacable empala une main sur chaque clou. Darvula hurla et se retrouva les bras en croix, hurlant de rage et de désespoir, Erzebeth déchira son bustier en vinyl violemment puis lui pinça fortement et longuement les mammelons en riant. Erzebeth rabattit la capuche de sa combinaison en latex, découvrant des oreilles en pointe et un crane chauve et racorni. Elle démoula lentement le masque qui lui servait de visage dans un bruit spongieux, dessous sa peau racorni lui collait aux os, lui faisant une tête de mort, des iris rouges et des yeux qui ressemblaient à des huitres palpitantes. Darvula vit les incisives pointues et blanches comme de l’ivoire. Erzebeth se retourna et posa méthodiquement le masque sur la table, Darvula tressaillit en hurlant quand elle vit le scalpel briller, elle sentait atrocement la paume de ses mains mutilées. La créature lui annonça sadiquement qu’elle allait découper son visage en faisant attention de ne pas l’abimer, elle affirma à Darvula que son visage allait bien lui servir et qu’elle ne pouvait procéder à cette ablation que pendant la pleine lune rousse. Puis elle boirait son sang empli de sa souffrance, elle maintenait ainsi une apparence humaine au cours des siècles. Les apparitions qu’elle voyait étaient en fait les âme de ses victimes attachées à la terre et à leur corps pourissant qui essayaient de prévenir ses futures suppliciées… |
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